5 idées reçues sur le Nutri-Score à enterrer définitivement
Depuis son adoption en France en 2017, le Nutri-Score a généré autant de malentendus que d'enthousiasme. Certains le croient infaillible, d'autres le rejettent comme un instrument de manipulation industrielle ou de persécution culturelle. La réalité est plus nuancée dans les deux sens. Voici cinq idées reçues qui circulent avec une persistance inversement proportionnelle à leur exactitude.
Idée reçue n°1 : « Le Nutri-Score est un score de santé »
C'est probablement le malentendu le plus répandu, et il est nourri en partie par la communication officielle qui a présenté le logo comme un outil d'aide à une « alimentation plus saine ». Le Nutri-Score est un score nutritionnel, ce qui est beaucoup plus étroit qu'un score de santé. Il évalue exclusivement les variables déclarées dans le tableau nutritionnel réglementaire : énergie, acides gras saturés, sucres totaux, sodium du côté négatif ; fibres, protéines, proportion de fruits et légumes du côté positif. Rien d'autre.
Un produit peut obtenir A tout en contenant plusieurs additifs, en étant ultra-transformé ou en ayant une empreinte carbone élevée. Un yaourt nature 0 % sans additif, produit localement en agriculture biologique, peut obtenir le même A pour des raisons bien différentes. Le logo ne distingue pas ces deux réalités.
À l'inverse, un jambon blanc artisanal, sans additif, obtient C ou D à cause de son sel, structurellement élevé dans toute charcuterie. Ce n'est pas un mauvais produit au sens global : c'est un produit à consommer avec modération pour son sodium, ce que son Nutri-Score signale sans dire le reste.
L'équipe EREN de l'INSERM elle-même a toujours présenté le Nutri-Score comme un outil de comparaison intra-catégorie, destiné à orienter vers le meilleur produit d'un rayon donné, et non comme un brevet de bonne santé absolu. Utiliser le logo pour ce qu'il est réellement, un filtre nutritionnel parmi d'autres, évite à la fois la déception quand on découvre qu'un produit A est ultra-transformé et la méfiance injustifiée envers un outil qui, dans son périmètre, reste scientifiquement solide.
Idée reçue n°2 : « Le bio est forcément mieux noté »
La certification biologique n'entre pas dans le calcul du Nutri-Score. Ni la mention AB, ni les labels équivalents européens (Eurofeuille), ni aucune autre certification environnementale ou de mode de production ne figurent parmi les variables de l'algorithme. Deux biscuits identiques en termes de composition nutritionnelle obtiennent la même lettre, qu'ils soient issus de l'agriculture conventionnelle ou biologique.
Cette réalité surprend souvent les consommateurs qui associent le bio à une qualité supérieure dans toutes les dimensions. Le bio certifie que les ingrédients ont été produits sans pesticides de synthèse et sans OGM, et qu'ils respectent certaines règles de bien-être animal pour les filières animales. Il ne dit rien sur la teneur en sucres, en sel ou en graisses saturées du produit fini.
Un granola bio aux noix et aux dattes peut facilement atteindre 25 à 30 grammes de sucres totaux pour 100 grammes, une densité calorique de 450 à 500 kilocalories, et se retrouver noté D. Il n'y a là aucune anomalie du système : sa composition nutritionnelle est objectivement riche en sucres et en énergie, indépendamment de la qualité de ses ingrédients. Un jus de fruits bio pressé à froid obtient un C pour la même raison qu'un jus conventionnel : ses sucres naturels restent des sucres liquides que l'algorithme pénalise.
Le seul outil de notation qui intègre explicitement la certification biologique dans son score est Yuka, à hauteur de 10% de sa note finale. Pour les consommateurs qui souhaitent valoriser le bio dans leur choix de produits, cette dimension est mieux captée par l'Eco-Score ou le Planet-Score que par le Nutri-Score, dont la vocation reste strictement nutritionnelle.
Idée reçue n°3 : « C'est un complot anti-fromages, anti-français »
Cette idée reçue est la plus politisée des cinq, et elle mérite une mise au point précise. Le Nutri-Score a été développé par le professeur Serge Hercberg et l'équipe EREN de l'INSERM, institution publique française financée par l'État français. Son algorithme s'appuie sur des données épidémiologiques collectées notamment via la cohorte NutriNet-Santé, constituée de volontaires français. Il n'y a aucun sens à qualifier d'anti-français un outil conçu par des chercheurs français pour la santé publique française.
L'argument selon lequel le Nutri-Score cible les fromages et charcuteries françaises ignore une réalité simple : il s'applique de la même façon à tous les produits équivalents dans le monde. Un parmesan et un emmental suisse ou hollandais aux profils nutritionnels comparables obtiennent des notes comparables. Un jambon de Parme et un jambon d'York sont évalués selon les mêmes critères. Le Nutri-Score ne connaît pas la géographie des fromages : il lit un tableau nutritionnel.
La confusion vient en grande partie de la campagne conduite par Coldiretti, la principale organisation agricole italienne, qui a mobilisé ses relais politiques au Parlement européen pour bloquer toute tentative d'harmonisation du Nutri-Score à l'échelle de l'Union. Cette campagne, efficace sur le plan politique, a largement alimenté le récit d'une attaque contre les produits du terroir européen. Elle défend des intérêts économiques légitimes, mais elle a contribué à faire croire que le Nutri-Score était conçu pour nuire à certaines traditions alimentaires, ce qui est inexact.
Il est juste de noter que l'algorithme pénalise structurellement les produits riches en sel et en graisses saturées, ce qui inclut effectivement une large part des fromages affinés et des charcuteries traditionnelles. Mais cette pénalisation est cohérente avec les recommandations de santé publique sur la consommation de ces aliments : les autorités sanitaires françaises (ANSES, Santé publique France) conseillent de limiter les charcuteries à moins de 150 grammes par semaine et les fromages à portions raisonnables, non par hostilité culturelle, mais parce que leur consommation excessive est associée à des risques cardiovasculaires documentés.
Idée reçue n°4 : « Yuka est plus fiable que le Nutri-Score »
Cette formulation pose un problème de comparaison : on ne peut pas dire qu'un thermomètre est plus fiable qu'un baromètre. Les deux instruments mesurent des grandeurs différentes. Le Nutri-Score mesure le profil nutritionnel d'un produit. Yuka mesure une combinaison de qualité nutritionnelle (60% de sa note), de présence d'additifs (30%) et de certification biologique (10%). Ce ne sont pas deux mesures de la même chose.
Il est exact que Yuka intègre des dimensions que le Nutri-Score ignore, notamment les additifs. Pour un consommateur qui souhaite limiter sa consommation d'édulcorants intenses, d'émulsifiants ou d'arômes artificiels, Yuka fournit une information complémentaire utile. Il est tout aussi exact que la classification des additifs retenue par Yuka est une décision éditoriale de l'équipe de l'application, non un consensus réglementaire : elle peut être plus sévère que les positions de l'EFSA sur certains additifs, et son traitement de certains conservateurs a d'ailleurs conduit à des litiges judiciaires avec des fédérations professionnelles françaises.
La position la plus raisonnable est celle de la complémentarité. Yuka utilise elle-même le Nutri-Score comme sous-composante majoritaire (60%) de sa note : prétendre qu'elle le remplace revient à nier la base sur laquelle elle s'appuie. Pour les cas de divergence, comprendre d'où vient l'écart permet d'utiliser chaque outil pour ce qu'il sait mesurer, plutôt que de choisir arbitrairement l'un contre l'autre. L'article consacré aux divergences entre les deux systèmes sur ce site détaille plusieurs cas concrets qui illustrent cette logique.
Idée reçue n°5 : « L'huile d'olive est mal notée, donc le Nutri-Score est absurde »
C'était l'argument préféré des critiques. Deux corrections s'imposent. D'abord, l'huile d'olive n'a jamais été en E : elle était notée C avec l'ancien calcul, au-dessus du beurre et de l'huile de coco. Ensuite, depuis l'actualisation de l'algorithme, appliquée en France depuis le 16 mars 2025, elle est notée B, comme les huiles de colza et de noix.
Ce changement ne vient pas d'une exception accordée à un produit, mais d'une nouvelle façon de calculer les matières grasses : l'énergie totale n'est plus pénalisée, seule l'énergie apportée par les graisses saturées l'est. Les huiles pauvres en graisses saturées en profitent, le beurre reste en E. Le calcul détaillé est dans l'article Huile d'olive : pourquoi le Nutri-Score est passé de C à B.
Le cas de l'huile d'olive montre surtout que le Nutri-Score évolue avec les connaissances scientifiques, et qu'une critique datée peut ne plus être valable. C'est la position de Santé publique France : le logo aide à comparer des produits, il ne remplace pas une éducation nutritionnelle plus large.
Sources
- Santé publique France, questions-réponses sur l'algorithme actualisé (V11) : www.santepubliquefrance.fr
- Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food 5, 102-110 (2024) : www.nature.com
- Yuka, méthode de notation des produits alimentaires : help.yuka.io
- Manger Bouger (Santé publique France), recommandations alimentaires pour les adultes : www.mangerbouger.fr