Le Nutri-Score et les régimes spécifiques : ce qu'il voit, ce qu'il ne voit pas

Mis à jour le 7 octobre 2026 · Lecture : 8 minutes · Par Jacques Blandignères

Le Nutri-Score a été conçu pour la population générale adulte en bonne santé. Il évalue la qualité nutritionnelle d'un produit selon des critères universels : énergie, sucres, graisses saturées, sel d'un côté, fibres, protéines, légumes de l'autre. Ce cadre commun reste utile pour tous, mais ses angles morts varient selon les besoins. Végétariens, cœliaques, personnes diabétiques, sportifs, seniors, femmes enceintes : chaque profil a ses raisons spécifiques de lire le logo différemment.

Paquet de saucisses végétales Knacki Veggie Herta
Des saucisses végétales (Knacki Veggie, Herta) : notées C et classées NOVA 4 sur Open Food Facts. Végétal ne veut pas dire mieux noté. Photo : Open Food Facts (CC BY-SA).

Le tableau de synthèse : forces et limites selon le profil

ProfilCe que le Nutri-Score voit bienCe qu'il ne voit pasVigilance principale
Végétarien ou végétalienlégumineuses et tofu nature en Aorigine animale ou végétale des protéinessubstituts de viande souvent en C ou D
Cœliaque, sans glutenprofil nutritionnel globalprésence de glutenproduits sans gluten industriels parfois moins bien notés
Diabétiquepénalise fortement les sucresindex et charge glycémiquesun produit en A peut avoir un index glycémique élevé (galettes de riz nature)
Sportifvalorise les protéines, pénalise les sucresbesoins énergétiques accrusbarres protéinées très variables, de A à E
Seniorvalorise les protéinesbesoins individuels en sel des personnes hypertendueslire la ligne sel du tableau
Femme enceinteprofil nutritionnel généralfolates, fer, iode, calciumsuivi médical indispensable
Enfantrepère global sur les produitsbesoins en calcium, vitamine D, feroutil complémentaire

Végétariens et végétaliens : un allié, avec des pièges

Le Nutri-Score est aveugle à l'origine des protéines : il ne fait aucune distinction entre une protéine d'origine animale et une protéine d'origine végétale. Pour les personnes qui suivent un régime végétarien ou végétalien, c'est une neutralité utile : les légumineuses, qui constituent l'une des meilleures sources de protéines végétales accessibles, obtiennent systématiquement un A au Nutri-Score. Lentilles, pois chiches, haricots, fèves : riches en protéines et en fibres, pauvres en graisses saturées et en sel naturellement, ils cumulent les points positifs sans points négatifs significatifs. Le tofu ferme et le tempeh, deux autres piliers de la protéine végétale, obtiennent généralement un A ou un B selon leur teneur en sel.

Le piège des substituts de viande ultra-transformés

Le marché des substituts végétaux s'est fortement développé depuis 2018. Steaks végétaux, nuggets de soja, saucisses végétales : ces produits ont une image de santé et d'engagement environnemental qui peut masquer une réalité nutritionnelle décevante. Leur formulation industrielle complexe (isolats de protéines, arômes de fumée, huiles végétales partiellement hydrogénées ou riches en saturés, sel ajouté pour le goût) les classe souvent en C ou D selon les marques. Un steak végétal populaire peut contenir 1,8 gramme de sel pour 100 grammes et 7 grammes de graisses saturées, soit davantage que certaines préparations à base de viande maigre. La classification NOVA les place invariablement en groupe 4, ce que le Nutri-Score seul ne révèle pas.

Pour les personnes végétariennes ou végétaliennes souhaitant optimiser leur alimentation, les légumineuses et protéines végétales peu transformées restent les meilleurs choix sur toutes les dimensions simultanément : profil Nutri-Score, degré de transformation NOVA, et impact environnemental.

Cœliaques et personnes sans gluten : le mirage du logo vert

La maladie cœliaque est une pathologie auto-immune déclenchée par l'ingestion de gluten, une protéine présente dans le blé, le seigle, l'orge et leurs dérivés. Pour les personnes concernées, l'éviction totale du gluten est une nécessité médicale, pas un choix alimentaire. Le Nutri-Score ne mesure pas la présence de gluten : c'est une protéine allergène, pas un nutriment entrant dans le calcul. Il est donc parfaitement possible qu'un produit obtienne un excellent A au Nutri-Score tout en contenant du gluten, et inversement.

Ce qui est plus préoccupant pour ce public est la qualité nutritionnelle souvent dégradée des produits industriels estampillés « sans gluten ». Pour reproduire la texture du blé sans son gluten, les fabricants recourent à des amidons modifiés (maïs, tapioca, pomme de terre), à davantage de matières grasses et de sucres pour la palatabilité, et à des émulsifiants pour la tenue. Le résultat est souvent un pain sans gluten industriel en C ou D, là où un pain de blé complet artisanal est en A. Les pâtes sans gluten à base de riz ou de maïs maintiennent généralement un bon profil (A), mais avec moins de fibres que leurs équivalents complets au blé.

La mention « sans gluten » ne signifie pas « sain » pour les personnes qui n'ont pas de raison médicale d'éviter le gluten. Cette précision est soulignée régulièrement par l'ANSES, qui rappelle que les produits sans gluten destinés aux cœliaques ont été formulés pour répondre à une contrainte alimentaire, pas pour améliorer le profil nutritionnel global.

Personnes diabétiques ou en gestion de la glycémie

Les personnes diabétiques ou soucieuses de leur glycémie trouveront dans le Nutri-Score un allié partiel mais imparfait. L'algorithme pénalise fortement les sucres totaux, ce qui aligne ses recommandations avec les besoins généraux de limitation des glucides rapides. Un produit riche en sucres ajoutés obtient mécaniquement une mauvaise note, un produit peu sucré obtient mécaniquement une meilleure note. Cette cohérence est réelle.

La limite de l'index glycémique

C'est sur l'index glycémique (IG) et la charge glycémique que le Nutri-Score montre ses angles morts pour ce public : ces indicateurs mesurent la vitesse et l'amplitude de la hausse de la glycémie après un repas. Les galettes de riz soufflé en sont l'exemple le plus clair : nature, elles obtiennent A ou B, mais leur index glycémique est élevé, de l'ordre de 80, proche de celui du pain blanc, selon les tables internationales publiées par Foster-Powell et collègues en 2002. À l'inverse, des pâtes cuites al dente ont un index plus bas que des pâtes très cuites, ce que le Nutri-Score, calculé sur le produit vendu, ne peut pas refléter.

Pour les personnes dont la gestion de la glycémie est un enjeu de santé, le Nutri-Score constitue un premier filtre utile mais insuffisant. La consultation d'un diététicien ou d'un médecin spécialisé reste le cadre approprié pour établir des recommandations individualisées.

Sportifs : quand les besoins caloriques changent la donne

Le Nutri-Score est calculé indépendamment du niveau d'activité physique. Pour un sportif d'endurance dont les besoins caloriques journaliers peuvent dépasser 3 500 kilocalories lors des périodes d'entraînement intense, l'algorithme peut paraître restrictif sur des produits qui ont leur place dans une alimentation sportive : les fruits secs sont denses en énergie et en sucres naturels, ce qui les pénalise au Nutri-Score malgré leur intérêt pour la récupération. Les matières grasses de qualité, nécessaires aux sportifs d'endurance pour alimenter les filières lipidiques, sont pénalisées par leur densité calorique élevée.

Pour les sportifs, les barres et boissons protéinées sont très variables : une barre riche en protéines et en fibres, peu sucrée, peut obtenir A ou B, tandis qu'une barre enrobée et sucrée descend en D ou E. Le Nutri-Score aide justement à les départager. Les yaourts nature et le skyr (A ou B), les flocons d'avoine (A), les légumineuses et les fruits frais restent des bases simples et bien notées.

Seniors, femmes enceintes et enfants : les micronutriments invisibles

Pour les personnes âgées, dont les besoins en protéines augmentent pour limiter la perte de masse musculaire, le Nutri-Score est globalement cohérent : il valorise les protéines. En revanche, l'Organisation mondiale de la santé recommande de consommer moins de 5 g de sel par jour, et les personnes hypertendues peuvent avoir des consignes plus strictes : pour elles, le Nutri-Score ne suffit pas, et la lecture directe de la ligne sel du tableau nutritionnel reste indispensable.

Pour les femmes enceintes, dont les besoins en folates, fer, iode et calcium augmentent substantiellement pendant la grossesse, le Nutri-Score est simplement muet sur les micronutriments. Ces vitamines et minéraux ne figurent pas dans les variables de l'algorithme, qui se limite aux macronutriments déclarés obligatoirement. Le logo peut indiquer un bon profil macronutritionnel sur un produit totalement pauvre en folates ou en fer.

Pour les régimes à enjeu médical, le Nutri-Score est un point de départ. La maladie cœliaque, le diabète de type 1 ou 2, l'hypertension, la grossesse et les régimes de récupération post-chirurgie sont des situations dans lesquelles des besoins nutritionnels très spécifiques dépassent ce que le Nutri-Score peut évaluer. Dans tous ces cas, le logo reste utile comme premier filtre pour éviter les produits nutritionnellement mauvais sur l'ensemble de la population, mais il ne remplace pas l'accompagnement d'un diététicien ou d'un médecin spécialisé, seuls habilités à adapter les recommandations à une situation individuelle.

Une grille de lecture commune, des usages différenciés

Ce tour des profils spécifiques fait ressortir une leçon transversale : le Nutri-Score est un outil populationnel conçu pour réduire les risques liés à une alimentation défavorable dans la population générale. Son efficacité à ce niveau est documentée. Sa pertinence pour des besoins individuels précis est réelle mais partielle, et dépend du type de besoin : il est plus adapté aux personnes végétariennes, dont les enjeux principaux (éviter les excès de sucre, sel, graisses saturées et valoriser les protéines végétales) sont bien capturés par l'algorithme, que pour les diabétiques dont la gestion de la glycémie nécessite une granularité que le logo seul ne peut pas offrir.

Pour tous ces profils, Nutri-Guess entraîne le réflexe de base qui reste utile : identifier les produits nutritionnellement défavorables pour la population générale. C'est une compétence transférable que chacun adapte ensuite à ses propres contraintes, avec les informations complémentaires que son profil de santé exige.

Sources

  1. Santé publique France, questions-réponses sur l'algorithme actualisé (V11) : www.santepubliquefrance.fr
  2. Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food 5, 102-110 (2024) : www.nature.com
  3. Foster-Powell K., Holt S.H.A., Brand-Miller J.C., « International table of glycemic index and glycemic load values: 2002 », American Journal of Clinical Nutrition, 2002
  4. OMS, aide-mémoire « Réduction de la consommation de sel » : www.who.int
  5. Anses, actualisation des repères du PNNS (2016-2017) : www.anses.fr

Par Jacques Blandignères, créateur de Nutri-Guess.

Les notes attribuées à des produits types sont calculées avec les grilles officielles de l'algorithme actualisé du Nutri-Score ; un produit réel peut différer selon sa recette. Notre méthode · Signaler une erreur

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